7 octobre 2026AIssential

ChatGPT et vos dossiers : ce qui sort de l'entreprise, ce qui reste chez vous

Un tiers des PME utilisent l'IA sans aucun cadre, et quatre salariés sur dix passent par un compte personnel. Interdire ne règle rien. Décider qui voit quoi, si.

En bref — points clés
  • C'est déjà en cours chez vous : 34 % des TPE-PME utilisent l'IA sans aucun cadre, à l'initiative des salariés, et 42 % des salariés qui s'en servent passent par un compte personnel.
  • La question utile porte sur le document, pas sur le modèle : qui le voit. Un abonnement grand public et un modèle installé chez vous ne sont pas la même situation, quel que soit le modèle.
  • Le principe tient en deux mots : confidentialité et contrôle. Ce qui est confidentiel passe par des modèles installés chez vous ou sur une infrastructure souveraine. Un modèle commercial ne voit que ce qui ne l'est pas, ou des dossiers d'où le confidentiel a été retiré avant.
  • C'est vous qui décidez ce qui sort, et la trace dit quel modèle a servi sur quel dossier.
  • Interdire ne marche pas, et le projet non plus s'il ignore la question : elle se tranche au début, pas à la fin.

C'est déjà en cours chez vous. 34 % des TPE-PME utilisent l'IA sans aucun cadre, à l'initiative des salariés (Bpifrance Le Lab, avril 2026). 42 % des salariés qui s'en servent passent surtout par un compte personnel (Ipsos bva pour Google, mars 2026). Un chargé d'affaires colle un CCTP dans un abonnement grand public pour gagner une heure. Une assistante y met un contrat pour en faire le résumé. Personne ne l'a décidé.

La question qui arrive ensuite est « peut-on mettre nos documents dans ChatGPT ». Elle est mal posée, parce qu'elle porte sur un outil. La bonne question porte sur le document : qui le voit, où il est stocké, et qui a décidé qu'il pouvait sortir.

Ce qui sort, et ce qui reste

Trois situations existent, et elles n'ont rien en commun, quel que soit le modèle.

Le compte grand public. Le document part chez un prestataire étranger, sous ses conditions. Vous ne contrôlez ni où il est stocké, ni combien de temps, ni ce qu'il en fait. C'est la situation la plus répandue aujourd'hui, et la seule qui n'a été choisie par personne.

L'abonnement d'entreprise. Le prestataire prend des engagements écrits : vos données ne servent pas à entraîner ses modèles, elles sont stockées à tel endroit, effacées à tel délai. Ces engagements valent ce que vaut le contrat, et il faut le lire. Ils ne changent pas le fait que le document sort de chez vous.

Le modèle installé chez vous, ou sur une infrastructure souveraine. Le document ne sort pas, ou il reste chez un hébergeur soumis au droit français ou européen, dans un lieu que vous connaissez. Les modèles ouverts, dont le fonctionnement est public et qui s'installent où l'on veut, rendent cela possible pour une PME.

Le principe : confidentialité et contrôle

Nous ne tenons pas pour une famille de modèles. Nous tenons pour deux choses : ce qui est confidentiel ne sort pas, et c'est vous qui décidez ce qui l'est.

Ce qui est confidentiel passe par des modèles installés chez vous ou sur une infrastructure souveraine. Un modèle commercial, quand il reste meilleur sur une question, ne voit que ce qui n'est pas confidentiel : des pièces publiques, ou des dossiers d'où les éléments confidentiels ont été retirés avant qu'il les lise. Et la trace dit, pour chaque dossier, quel modèle a servi.

Cette règle a une conséquence pratique : le choix ne se fait pas une fois pour toute la maison. Il se fait question par question. Dans un dossier, certaines questions relèvent du constat, et la pièce qui permet d'y répondre est souvent anodine : une attestation, une quantité, une date. D'autres portent sur ce que vous avez de plus précieux : vos prix, vos marges, le nom d'un client, un litige. La ligne entre les deux n'est écrite nulle part chez vous. L'écrire est le travail.

Pourquoi interdire ne marche pas

L'interdiction déplace l'usage vers les téléphones personnels, et vous perdez la seule chose utile : savoir ce qui sort. Un salarié qui colle un contrat dans un abonnement grand public ne commet pas une faute. Il comble un vide, parce que personne ne lui a dit ce qui pouvait sortir ni donné un outil qui respecte la règle.

Ce qui marche tient en trois décisions. Dire, document par document, ce qui ne doit jamais sortir. Donner un outil qui applique cette règle sans que chacun ait à y penser. Garder la trace de ce qui a été traité, par quel modèle, pour que la question « qu'est-ce qui est sorti » ait une réponse.

Ce que le règlement change, et ce qu'il ne change pas

Rien de ce qui vaut déjà pour vos données ne disparaît parce qu'un modèle les lit. Les données personnelles de vos clients et de vos salariés restent soumises aux mêmes règles : finalité, base légale, localisation, sous-traitants. Un prestataire d'IA qui les reçoit est un sous-traitant, et son contrat doit le dire.

Le logiciel que nous construisons est conçu pour les exigences du règlement européen sur l'IA : il garde la trace de ce qu'il a fait seul et de ce qu'il a renvoyé à vos équipes, et un cas qu'il ne connaît pas remonte, il n'est jamais deviné. La conformité se constate sur un dispositif en place, pas sur une promesse.

Ce que nous ne savons pas

Nous ne savons pas ce que fait réellement un prestataire étranger des documents qu'il reçoit sous un compte grand public, et personne en dehors de lui ne le sait. Nous ne savons pas non plus comment les engagements des offres d'entreprise résistent dans le temps : ils changent avec les conditions générales. C'est pourquoi la règle la plus sûre repose sur un fait, pas sur un contrat : ce qui est confidentiel ne sort pas.

Une question pour ce soir

Prenez les cinq derniers documents que quelqu'un, chez vous, a mis dans une IA. Pour chacun, demandez : est-ce que je l'aurais envoyé par courriel à un inconnu ? Si la réponse est non pour l'un d'eux, vous avez votre première règle. Si vous ne savez pas quels documents y sont passés, vous avez votre première décision.

Sur le même sujet : à quel taux l'IA se trompe, et comment le mesurer chez vous, et deux positions argumentées de Counsel : des collaborateurs utilisent ChatGPT sur des dossiers clients et quelle politique de rétention des données pour les modèles.

Les sources

  • Bpifrance Le Lab – Rexecode, focus IA du baromètre TPE-PME, juin 2026. 1 128 entreprises de 1 à 249 salariés, terrain d'avril 2026 : 34 % utilisent l'IA sans aucun cadre.
  • Ipsos bva pour Google, « L'IA en entreprise », mars 2026. 2 041 actifs : 42 % des salariés utilisateurs passent surtout par un compte personnel.
  • Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, et le règlement général sur la protection des données : les textes eux-mêmes, pas un résumé.

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Dernière mise à jour : 7 octobre 2026