L'IA sur un devis, hors bâtiment : ce que le logiciel chiffre, ce que vous décidez
Pour l'industriel, le distributeur technique et le fabricant à la commande : la demande arrive par mail, le devis attend celui qui sait, et aucun logiciel du marché ne connaît vos cas.
- Ce billet ne parle pas du chiffrage de bâtiment, où des logiciels existent. Il parle du devis qu'aucun logiciel du marché ne connaît : celui qui se monte sur une affaire, à partir d'une demande reçue par mail, chez un industriel ou un distributeur technique.
- Un logiciel prend seul ce qui relève du constat : lire la demande et en sortir ce qu'elle contient, retrouver la référence et l'affaire passée qui ressemble, vérifier que les pièces demandées sont là, reprendre les lignes de la grille, recouper les quantités.
- Il ne prend jamais ce qui vous engage : le prix sur cette affaire-là face à ce client-là, le choix technique sur une demande qui ne ressemble à rien, le délai que l'atelier peut tenir.
- Un seuil se fixe avec ceux qui savent : sous le seuil, le devis part seul avec un taux d'erreur mesuré sur un échantillon tiré au hasard ; au-dessus, il revient à qui sait le trancher. Une maison l'a fait en public : tout automatique sous 150 €, relecture au-dessus.
- Si quelqu'un doit relire derrière le logiciel, vous n'avez rien gagné. Ce que vous gagnez est le délai, et le temps de ceux qui savent, rendu aux affaires qui en ont besoin.
Ce billet ne parle pas du chiffrage de bâtiment. Des logiciels existent pour cela, avec des bibliothèques d'ouvrages et des bordereaux de prix. Il parle du devis qu'aucun logiciel du marché ne connaît : celui qui se monte sur une affaire, à partir d'une demande reçue par mail, chez un industriel, un distributeur technique ou un fabricant à la commande.
Ce devis-là a une forme reconnaissable. La demande arrive sous dix formes : un mail, un PDF, un tableau, la photo d'un plan. Quelqu'un la ressaisit. Le devis se monte en reprenant une affaire passée qui ressemble, et il attend celui qui sait avant de partir, parce qu'une erreur y coûte une marge ou une affaire. Pendant qu'il attend, celui qui sait fait autre chose, et le client reçoit la réponse d'un concurrent.
Ce que le logiciel prend dans un devis
Dans un devis, certaines questions relèvent du constat. Un critère existe, un programme l'applique, et le résultat se vérifie sur la pièce.
- Lire la demande. En sortir ce qu'elle contient : références, quantités, délais demandés, conditions. Signaler ce qui manque, et le demander.
- Retrouver. La référence au catalogue, et l'affaire passée qui ressemble le plus, avec ce qu'on y avait facturé et ce qu'on y avait oublié.
- Vérifier. Les pièces demandées sont là ou non. Les quantités recoupent le plan ou non. La variante demandée existe ou non.
- Reprendre. Les lignes de la grille, les prix de base, les clauses habituelles, les conditions de ce client.
- Monter le document. Au format de la maison, avec les mentions obligatoires, prêt à partir.
Sur cette part, on ne promet pas que le logiciel ne se trompe jamais. On donne son taux d'erreur, mesuré sur vos devis déjà sortis, et un échantillon tiré au hasard pour le vérifier.
Ce qui reste à ceux qui savent
D'autres questions demandent un jugement. Deux personnes compétentes pourraient répondre différemment, et quelqu'un doit trancher. Ce prix est-il défendable sur cette affaire-là, face à ce client-là, avec ce concurrent-là en face. Quelle solution technique proposer quand la demande sort du catalogue. Quel délai promettre compte tenu de la charge de l'atelier. Faut-il répondre, ou laisser passer.
Aucun niveau de capacité du modèle ne reprend cette part. Ce n'est pas une limite technique qui reculera avec la prochaine version. Une responsabilité ne se délègue pas à un programme.
Et la ligne entre les deux n'est écrite nulle part chez vous. Celui qui chiffre la connaît sans la voir : il sait quel client veut toujours la même variante, quelle affaire passée ne doit plus servir de modèle, quelle demande anodine cache un cas difficile. L'écrire, sur vos propres devis, est le travail. C'est aussi le moment où ce savoir passe sur le papier, et où le nouveau peut l'apprendre autrement qu'en attendant deux ans.
Le seuil
La question pratique est : à partir de quand le devis part seul. La réponse ne vient pas d'un logiciel, elle vient de ceux qui savent, et elle s'écrit.
Une maison l'a fait en public. Un distributeur d'électronique industrielle de 85 salariés, qui traite dix mille devis par an, a construit un logiciel qui lit la demande, interroge ses fournisseurs et monte le devis. Sous 150 €, le devis part seul. Entre 150 et 1 500 €, le logiciel prépare et le technico-commercial relit. Ce seuil n'est pas le nôtre et ne sera pas le vôtre. Ce qui compte est qu'il existe, qu'il est écrit, et que le logiciel sait ce qu'il doit remonter.
Chez vous, le seuil se fixe avec ceux qui savent, sur vos devis déjà sortis. Sous le seuil, le logiciel traite seul, et vos équipes contrôlent le taux, pas les devis. Au-dessus, le devis revient à qui sait le trancher. Un cas que le logiciel n'a jamais vu remonte, il n'est jamais deviné.
Si quelqu'un doit relire derrière, vous n'avez rien gagné
Le réflexe est de garder la relecture. On produit le devis plus vite, et celui qui sait le relit comme avant. On n'a rien gagné : la file d'attente est la même, devant la même personne, et le devis se lit mieux, donc la relecture est moins vigilante. Sur 106 expériences, le couple humain et machine fait en moyenne moins bien que le meilleur des deux seul (Vaccaro, Almaatouq et Malone, 2024).
Ce qui gagne est écrit avant de construire : ce que le logiciel prend seul, avec son taux mesuré, et ce qu'il ne prend jamais. Vos équipes gardent les jugements. Celui qui sait ne va pas plus vite ; il juge mieux, parce qu'il ne juge plus que ce qui en a besoin.
Ce que ça change
Pas le carnet. Vous ne recevrez pas de demandes que vous ne receviez pas. Ce qui change est la conversion de ce que vous recevez déjà : le devis part le jour même au lieu d'attendre la fin de semaine, celui qui sait passe son temps sur les affaires qui le demandent, et le nouveau monte des devis justes avant d'avoir appris par cœur ce que l'ancien sait.
Et dans trois ans, vos concurrents auront la même IA que vous. Ils n'auront pas ce que votre maison sait sur ses devis.
Ce que nous ne savons pas
Nous ne savons pas à quel taux un logiciel se trompe sur vos devis avant de l'avoir mesuré, et aucun chiffre du marché ne le dit. Le cas public cité est un seul cas, raconté par ceux qui l'ont financé, et il ne mesure pas ce que le logiciel coûte ni ce qu'il rapporte en marge. Nous ne savons pas non plus, sans vous avoir écouté, si votre devis est un constat qui attend ou un jugement du début à la fin : dans ce second cas, il n'y a pas de projet, et nous vous le dirons.
Une question pour ce soir
Prenez les vingt derniers devis partis, pas les plus beaux. Pour chacun, demandez : celui qui l'a relu a-t-il changé quelque chose ? Si la réponse est non quinze fois sur vingt, vous savez combien de devis attendaient pour rien. Si elle est oui à chaque fois, regardez ce qu'il a changé : c'est la ligne, et personne ne l'a écrite.
Sur le même sujet : à quel taux l'IA se trompe, et comment le mesurer chez vous, et l'IA pour répondre à un appel d'offres.
Les sources
- Siparex et Bpifrance, « Les audacieux de l'IA », avril 2026. Le cas du distributeur d'électronique industrielle : 85 salariés, dix mille devis par an, seuil de 150 € en automatique, relecture jusqu'à 1 500 €. Raconté par le fonds et par Bpifrance Conseil, qui ont accompagné l'entreprise.
- Vaccaro, Almaatouq et Malone, Nature Human Behaviour, 2024. Méta-analyse de 106 expériences : le couple humain et machine fait en moyenne moins bien que le meilleur des deux seul.
Une partie, et c'est la partie qui prend le temps : lire la demande, retrouver la référence, vérifier les pièces, reprendre les lignes de votre grille, recouper les quantités, monter le document. Ce qu'elle ne fera pas, quel que soit le modèle : fixer le prix sur cette affaire-là, choisir la solution technique quand la demande sort du catalogue, promettre un délai. Ces questions engagent la maison, et quelqu'un en répond.
Oui, et c'est le premier constat d'un devis : la demande arrive sous dix formes, mail, PDF, tableau, photo d'un plan, et quelqu'un la ressaisit. Un logiciel en sort ce qu'elle contient, la rapproche de vos références et de vos affaires passées, et signale ce qui manque. Ce qu'il en fait ensuite dépend de ce que vous avez écrit : sous quel seuil le devis part seul, et quand il revient à celui qui sait.
En ne relisant pas les devis, mais le taux. Sur la part qui relève du constat, le logiciel applique un critère, et son taux d'erreur se mesure sur un échantillon tiré au hasard de devis déjà sortis. Vos équipes contrôlent ce taux chaque mois. Sur la part qui demande un jugement, le devis revient à la personne qui sait. Relire chaque devis derrière la machine est le dispositif mesuré comme perdant.
Pour le bâtiment, des logiciels de chiffrage existent, avec des bibliothèques d'ouvrages, et ce billet n'en parle pas. Pour l'industriel ou le distributeur technique, le logiciel du commerce connaît votre catalogue et vos tarifs ; il ne connaît pas vos cas : la demande qui sort du catalogue, le client qui veut toujours la même variante, l'affaire passée qui dit ce qu'il faut facturer. Ce savoir vit dans les têtes de ceux qui chiffrent, et c'est lui qui fait la différence entre un devis juste et un devis plausible.
Assez pour qu'une base de comparaison existe et qu'un taux se mesure. Une dizaine par semaine suffit à mesurer ; en dessous, le projet sert surtout à écrire ce que ceux qui savent regardent, ce qui a sa valeur mais ne rapporte pas en délai. Ce qui compte davantage que le volume, c'est ce qu'un devis faux coûte chez vous : une marge perdue sur une affaire, ou une affaire perdue parce que la réponse est partie trop tard.
Apportez un travail que vos équipes font encore à la main.
Vingt minutes : si c'est faisable chez vous, et par où ça commence →Pas encore prêt à en parler ? Lisez comment nous reprenons un travail fait à la main — rien à payer, rien à engager.