26 % utilisent l'IA. 1 % l'ont mise au travail.
L'écart est mesuré sur 11 021 entreprises françaises — et les dirigeants ont eux-mêmes dit pourquoi
- Le Baromètre France Num 2025 mesure 26 % d'usage de l'IA sur 11 021 entreprises françaises. Dans le même rapport, sur la même base, l'IA recueille 1 % — et 0,5 % sur la paie et les achats — quand on demande quelles solutions servent à exploiter les données de l'entreprise. Le tableur ou le logiciel métier y fait 45 % sur la comptabilité.
- L'usage a doublé en un an : 13 % en 2024, 26 % en 2025. Ce qui manque n'est pas la volonté des dirigeants.
- Une autre enquête, sur une autre population, montre que la conviction n'est pas ce qui manque : parmi 1 209 dirigeants de PME et d'ETI, 58 % voient l'IA comme une question de survie à trois-cinq ans, et 57 % n'ont pourtant aucune stratégie IA. Elle ne mesure pas la même chose que France Num — des intentions, pas des usages.
- Les motivations déclarées orientent notre lecture de la cause. Parmi les dirigeants qui ont adopté l'IA (n=387), 94 % citent au moins un motif d'optimisation (performance 81 %, coûts 45 %) et 54 % au moins un motif de croissance, dont 27 % la hausse du chiffre d'affaires. Nous en tirons une lecture que l'enquête ne mesure pas : un travail qu'on voulait seulement accélérer, on ne le refait pas.
- Le frein français n'est pas celui qu'on répète : la Banque de France mesure que les entreprises françaises citent moins souvent que leurs voisines de la zone euro le manque de compétences, et plus souvent les données, la vie privée et l'éthique.
- Limite assumée : France Num mesure l'écart, pas sa cause. L'explication proposée ici est notre synthèse entre deux enquêtes portant sur des populations différentes, pas un résultat publié par l'une ou l'autre institution.
Deux chiffres, un seul document
Le Baromètre France Num 2025 interroge 11 021 entreprises françaises, dont 3 043 PME et 7 978 TPE. À la question « utilisez-vous des solutions d'intelligence artificielle », 26 % répondent oui. La proportion a doublé en un an : elle était de 13 % en 2024.
Plus loin dans le même rapport, sur la même base, une autre question : quelles solutions utilisez-vous lors de l'exploitation de ces données ? Elle est posée sur sept domaines — comptabilité, clients, RH, achats, tableau de bord, production, catalogue.
La réponse est le tableur. 45 % sur la comptabilité, 34 % sur les clients. Derrière, l'ERP et le logiciel spécialisé d'analyse, à 12 % chacun sur la comptabilité. L'IA ferme la marche à 1 %, et à 0,5 % sur la paie et sur les achats.
Les deux chiffres ne se contredisent pas. Ils mesurent deux choses différentes, et c'est précisément l'intérêt. Le premier compte les entreprises où quelqu'un se sert de l'IA. Le second compte celles où l'IA est devenue l'outil d'un travail. Entre les deux, il y a vingt-cinq points.
Ce n'est pas un défaut de prise de conscience
Bpifrance Le Lab a interrogé 1 209 dirigeants de PME et d'ETI entre octobre et décembre 2024, avec une quarantaine d'entretiens qualitatifs. Deux résultats se répondent :
58 % des dirigeants considèrent l'IA comme une question de survie à trois-cinq ans. 57 % n'ont aucune stratégie IA pour leur entreprise.
Cette enquête ne mesure pas la même chose que la précédente, et il ne faut pas les confondre : France Num compte des usages, Bpifrance recueille des intentions. Sur des populations différentes, avec des méthodes différentes.
Elle sert surtout à écarter une explication. La majorité des dirigeants a compris que le sujet engageait la survie de leur entreprise à cinq ans. Ce n'est donc pas là qu'il faut chercher.
Reste donc la vraie énigme : pourquoi des dirigeants convaincus s'arrêtent-ils à l'usage ? La réponse est dans la même enquête.
Les dirigeants ont dit pourquoi
C'est la partie que l'on cite rarement, et c'est la plus utile. Dans la même enquête, on demande aux dirigeants pourquoi ils adoptent l'IA :
- 81 % pour améliorer la performance de l'entreprise
- 45 % pour réduire les coûts
- 27 % pour faire croître le chiffre d'affaires
- 16 % pour accéder à de nouveaux marchés
Ces quatre chiffres portent sur ceux qui ont effectivement adopté une IA — 387 répondants, pas les 1 209 — et plusieurs réponses étaient possibles. Bpifrance range ces motivations en deux familles : 94 % des adoptants citent au moins un motif d'optimisation de l'existant, et 54 % au moins un motif de développement de l'activité. Un même dirigeant peut citer les deux.
Ce qui suit est notre interprétation, et il faut la prendre pour ce qu'elle est : nous rapprochons deux enquêtes qui ne portent ni sur les mêmes entreprises ni sur les mêmes questions. Ni France Num ni Bpifrance n'écrit ceci. L'écart 26 / 1 n'est pas un problème d'exécution, c'est la conséquence logique de l'intention de départ. Presque tous les adoptants attendent de l'IA qu'elle fasse la même chose mieux ou moins cher. Or personne ne refait un processus qu'il voulait seulement accélérer. Faire gagner du temps à quelqu'un ne demande aucune refonte — c'est pour cela que le taux d'usage double en un an. Confier un livrable à une machine en demande une — c'est pour cela que l'autre chiffre reste à 1 %.
Sur quoi repose ce rapprochement
Deux appuis d'inégale valeur, et une limite.
Le plus faible : les deux enquêtes portent sur la France, sur des terrains voisins — Bpifrance fin 2024, France Num 2025 — et leurs populations se recouvrent sur les PME.
Le principal : l'écart lui-même ne dépend pas de ce rapprochement. France Num le mesure seul, dans un même rapport et sur une même base de 11 021 entreprises : 26 % d'usage, et 1 % quand il s'agit d'exploiter les données de l'entreprise. Notre rapprochement ne porte que sur sa cause.
La limite : le 94 % de Bpifrance ne mesure pas la profondeur de l'usage. Il compte les motivations que les dirigeants déclarent en adoptant l'IA, plusieurs réponses étaient possibles, et 54 % des mêmes adoptants citent un motif de croissance. Il rend notre lecture plausible sans la démontrer, et il ne confirme pas le 1 % de France Num.
Ce que « mettre au travail » exige réellement
Gagner du temps ne demande rien : un abonnement et un collaborateur curieux suffisent. La barrière est à zéro, ce qui explique le doublement.
Produire un livrable qu'un client reçoit demande autre chose. Il faut que la machine sache ce que « correct » veut dire chez vous :
- quelle tolérance vous acceptez, et sur quel paramètre
- quelle exception se traite comment, et laquelle remonte à un humain
- ce que vous ne signez jamais, quelles que soient les circonstances
- ce qui, dans un dossier, vous fait recommencer au lieu de corriger
Ce savoir existe. Il n'est simplement écrit nulle part. Il vit dans la tête de vos trois meilleurs, et dans des documents que personne n'a jamais formalisés — un tableur d'hypothèses, un modèle de note annoté à la main, une règle transmise oralement depuis douze ans.
C'est là que passe la ligne entre 26 et 1. Pas dans le choix de l'outil, ni dans le niveau du modèle. Dans le fait que le processus n'a jamais été conçu pour qu'une machine y travaille.
Le frein français n'est pas celui qu'on répète
On explique souvent le retard français par un manque de compétences. La mesure dit autre chose.
La Banque de France a comparé les entreprises de douze pays de la zone euro. Les entreprises françaises citent moins souvent que leurs voisines le manque de compétences en IA, et plus souvent les données, la vie privée et les questions d'éthique. L'écart d'adoption français ne s'explique ni par la taille des entreprises ni par la composition sectorielle.
Autrement dit : ce n'est pas qu'on ne sait pas faire. C'est qu'on ne sait pas où vont les dossiers, ni qui répond si quelque chose sort.
Le contre-argument, et il est solide
Une partie des 26 % n'a aucune raison d'aller vers le 1 %, et le leur reprocher serait faux.
Un dirigeant qui utilise l'IA pour rédiger ses annonces, préparer une réunion ou traduire un courrier obtient exactement ce qu'il cherchait. Le gain est réel, il est immédiat, et il ne réclame aucune refonte. Lui demander d'industrialiser cet usage serait lui vendre un chantier dont il n'a pas besoin.
L'écart n'est un problème que pour une entreprise précise : celle dont un processus récurrent, volumineux et coûteux en erreurs est aujourd'hui porté par trop peu de personnes. Pour celle-là, rester à 26 % n'est pas une économie, c'est un plafond.
Le test, en une question
Il se passe de consultant et vous pouvez y répondre ce soir :
Sur le mois écoulé, l'IA a-t-elle produit chez vous quelque chose qu'un client a reçu — ou seulement fait gagner du temps à quelqu'un ?
Si c'est la seconde réponse, vous êtes dans les 26 %, comme presque tout le monde, et ce n'est pas un défaut de volonté : l'usage a doublé en un an, les dirigeants français n'ont pas traîné.
La question suivante est la seule qui engage quelque chose : lequel de vos processus l'IA rendrait vraiment plus rentable, et de combien ? Le « de combien » n'est pas une formule. Sans une base de comparaison honnête — le coût réel du processus aujourd'hui, erreurs et reprises comprises — personne ne saura jamais si le chantier a marché.
Par où commencer
Si vous avez répondu « seulement fait gagner du temps » et que vous voyez déjà lequel de vos processus est concerné, la suite tient en vingt minutes avec la personne qui ferait le travail. On y prend deux ou trois tâches réelles, et vous repartez en sachant ce qui manque avant qu'une machine puisse les porter — y compris, le cas échéant, « pas encore ».
Vingt minutes sur un travail →
Vous ne voyez pas encore lequel ? C'est un très bon point de départ aussi. La page « Là où l'erreur coûte cher » dit ce qu'on y fait, ce qu'on ne fait pas, et à quelles conditions.
Ce que nous ne savons pas
Le Baromètre France Num mesure l'écart. Il n'en mesure pas la cause. L'explication que nous proposons — on adopte l'IA pour aller plus vite, donc on ne refait jamais le processus — est notre lecture, obtenue en rapprochant deux enquêtes qui n'interrogent pas les mêmes entreprises. Ni France Num ni Bpifrance ne l'écrit.
Il manque surtout ceci : personne n'a observé les deux propriétés dans les mêmes entreprises. Nous rapprochons deux distributions, pas deux comportements suivis chez un même dirigeant. Rien n'exclut donc le sens inverse — que l'optimisation de l'existant soit la conséquence d'une intégration ratée plutôt que sa cause : un dirigeant qui n'a pas réussi à confier un livrable se rabat sur le gain de temps, et déclare ensuite une motivation d'optimisation. Les données disponibles ne tranchent pas entre les deux sens.
Personne n'a publié de second point de mesure sur le 1 %. Impossible, donc, de dire que l'intégration stagne : nous savons seulement que l'usage a doublé, et qu'à la même date l'intégration se situe autour de 1 %.
Enfin, les périmètres ne sont pas interchangeables. Les 26 % de France Num incluent les TPE de moins de dix salariés et comptent l'usage de solutions grand public — un dirigeant qui se sert de ChatGPT en accès libre est dedans. Ce chiffre ne se compare pas à ceux de l'INSEE, qui portent sur les entreprises de dix salariés et plus et interrogent des technologies déployées. Deux enquêtes, deux questions, deux populations.
Nous avons depuis repris les quatre enquêtes françaises une par une — INSEE, France Num, Bpifrance, Banque de France — pour dire ce que chacune compte et laquelle citer selon la question posée : combien d'entreprises françaises utilisent l'IA.
Sources. Baromètre France Num 2025, Direction générale des entreprises, enquête Crédoc, 11 021 répondants, publiée en septembre 2025. — Bpifrance Le Lab, L'IA dans les PME et ETI françaises : une révolution tranquille, janvier 2026, 1 209 dirigeants interrogés d'octobre à décembre 2024, sous-échantillon de 387 adoptants. — Mouabbi S. & Stumpner S., « Entreprises françaises : existe-t-il un écart d'adoption de l'IA ? », Banque de France, Bloc-notes Éco n° 451, 28 mai 2026.
Des deux, dans le Baromètre France Num 2025 publié par la Direction générale des entreprises, enquête réalisée par le Crédoc auprès de 11 021 entreprises (3 043 PME et 7 978 TPE). Le 26 % répond à la question « utilisez-vous des solutions d'intelligence artificielle ». Le 1 % apparaît plus loin dans le même rapport, sur la même base, à une autre question : « quelles solutions utilisez-vous lors de l'exploitation de ces données ? », posée sur sept domaines — comptabilité, clients, RH, achats, tableau de bord, production, catalogue. Le tableur ou le logiciel métier y recueille 45 % sur la comptabilité, l'ERP et le logiciel spécialisé 12 % chacun, et l'IA 1 %, avec 0,5 % sur la paie et les achats. Les deux chiffres ne se contredisent pas, ils mesurent l'usage d'un côté et l'intégration de l'autre.
Non, et c'est l'erreur de citation la plus fréquente. L'enquête Bpifrance Le Lab porte sur 1 209 dirigeants de PME et d'ETI, mais le 94 % a pour base les 387 répondants ayant effectivement adopté une IA. La formulation exacte est donc : parmi les dirigeants qui ont adopté une IA (n=387), 94 % citent au moins un motif d'optimisation (performance 81 %, compétitivité 56 %, coûts 45 %), et 54 % au moins un motif de croissance. Plusieurs réponses étaient possibles, si bien qu'un même dirigeant peut citer les deux. Le chiffre décrit ce que les dirigeants attendent de l'IA en l'adoptant, et ne dit rien de l'usage qu'ils en font. La plupart des reprises secondaires de ce chiffre omettent la base.
Non. Les périmètres et les questions diffèrent. France Num inclut les TPE de moins de dix salariés et interroge l'usage de solutions d'IA, notamment de génération de texte, de voix ou d'image — un dirigeant qui se sert de ChatGPT en accès libre est compté. L'INSEE porte sur les entreprises de dix salariés et plus et interroge des technologies d'IA déployées. Chaque chiffre se cite dans son propre cadre ; les mettre côte à côte fabrique une tendance qui n'existe pas.
Nous ne le savons pas, et nous ne l'affirmons pas. Il existe une série pour l'usage — 13 % en 2024, 26 % en 2025 — mais aucune série équivalente pour le 1 %. Ce que la mesure établit, c'est qu'à une même date l'usage concerne un quart des entreprises et l'IA comme solution d'exploitation des données environ une sur cent. Dire que l'intégration stagne demanderait un second point dans le temps que personne n'a publié.
Non, et le prétendre serait malhonnête. Un dirigeant qui utilise l'IA pour rédiger ses annonces, préparer une réunion ou traduire un courrier obtient exactement ce qu'il cherchait, sans refonte et sans projet. L'écart ne devient un problème que pour une entreprise précise : celle dont un processus récurrent, volumineux et coûteux en erreurs repose aujourd'hui sur trop peu de personnes. Pour celle-là, l'usage occasionnel est un plafond, pas une économie.
Par une question à laquelle vous pouvez répondre seul : sur le mois écoulé, l'IA a-t-elle produit chez vous quelque chose qu'un client a reçu, ou seulement fait gagner du temps à quelqu'un ? La seconde réponse situe dans les 26 %. La question suivante est la seule qui engage quelque chose : lequel de vos processus l'IA rendrait vraiment plus rentable, et de combien. Le « de combien » suppose une base de comparaison honnête — le coût réel du processus aujourd'hui, erreurs et reprises comprises — sans laquelle personne ne saura jamais si le chantier a marché.
Apportez un travail que vos équipes font encore à la main.
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